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Le Taureau
LE TAUREAU
A Henry de Montherlant.
Lorsque la nuit profonde est venue, lorsque, seul, le renard court la campagne, lorsque, sur la Costière (1), làhaut, l'une après l'autre, se sont éteintes les lumières, on dit que de lents craquements se font entendre dans les touffes de tamaris, du côté des Iscles, au bord des marais.
Du pays où nulle empreinte d'homme ni de cheval ne fut jamais gravée, du désert humide de fondrières et de roseaux, de fanges et de fourrés, sort un taureau fabuleux, pataugeant dans l'eau blafarde, tout noir sur l'obscurité du ciel.
« Je suis le Taureau qui, depuis l'Asie jusqu'aux forêts de Ligurie, a régné par la Joie, par l'Art et par le Sang sur les peuples méditerranéens. Mon image orna les temples d'Assyrie. J'ai donné ma force aux Romains.
« Je suis Apis, je suis le Minotaure, je suis le Souffle que nul ne peut enclore, moi qui aime être enfermé dans le cercle de vos chevaux, le Souffle que le Créateur a répandu pour que la Forme vive. J'ai connu les Centaures, et j'ai été le dieu Mithra,
L'Homme, quand il errait librement, sans frontières et sans entraves, dans les plaines du Rhône et sur les rivages de la nier, m'immolait sur mon propre autel. Comme aujourd'hui, il m'adorait et me persécutait ; et je le nourrissais de ma chair.
Je sais l'endroit où, sous le dais des pins parasols, le roi des Salyens, Nann, dressait ses tentes de peau, quand il revenait, à la tête de mille guerriers, dont les coiffures de plumes ondoyaient au vent grec, pour décimer mon noir troupeau.
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